Le marxisme de Jacques Roumain

Anthropologue, écrivain, poète, professeur et diplomate, il fut l’un des fondateurs du Parti communiste haïtien et une figure majeure du mouvement de la négritude. Il défendit l’idée que la question noire ne devait pas être réduite au problème du racisme, mais relevait avant tout de la lutte des classes.

Par Joana A. Coutinho *

[Traduction du portugais : Aloys Abraham, Emma Tyrou, Félix Gay, Jean-Ganesh Faria Leblanc, Laure Guillot-Farnetti]

ROUMAIN, Jacques (Port-au-Prince, 1907; Port-au-Prince, 1944)

1 – Vie et pratique politique

Jacques Roumain est né dans la capitale haïtienne. Aîné d’une famille nombreuse, il eut onze frères et sœurs. Son père, Auguste Roumain, était un grand propriétaire terrien, tandis que sa mère, Émilie Auguste, était la fille de Tancrède Auguste, président d’Haïti entre 1912 et 1913. Issu d’une famille de métis lettrés, Jacques parlait couramment le créole haïtien et le français – une situation peu commune à une époque où la majorité de la population autochtone ne parlait que le créole et était analphabète1.

L’enfance et les années de formation de Jacques Roumain furent marquées par une succession de révoltes paysannes dans le pays dirigées contre le poids des impôts, la misère et l’exploitation. Cette situation déboucha sur de fréquents changements de gouvernement puis sur une longue occupation du pays par les États-Unis (1915-1934), soutenue par les élites haïtiennes. Les États-Unis ne quittèrent Haïti que vingt ans plus tard, après avoir atteint leurs objectifs : garantir le remboursement des emprunts contractés auprès de la Citibank et obtenir l’abrogation d’un article de la Constitution haïtienne qui interdisait la vente de terres à des étrangers2. Haïti s’était endetté auprès de cette banque étasunienne afin de parvenir à payer l’énorme indemnité imposée par la France comme condition à la reconnaissance de l’indépendance du pays. Ces paiements ne prirent fin qu’en 1947, atteignant un montant total d’environ 21 milliards de dollars et plus de deux cents ans d’intérêts. Au moment de sa libération du joug colonial français, en 1804, Haïti était considéré comme la « perle des Caraïbes » et comptait environ 500 000 esclaves, 30 000 Blancs et 28 000 Noirs libres, tandis que son économie reposait sur la culture de la canne à sucre et, dans une moindre mesure, du café. Cette production faisait de Saint-Domingue – nom colonial d’Haïti – une colonie extrêmement lucrative.

Jacques Roumain reçut une éducation soignée, comme il était courant dans sa classe sociale. Il étudia d’abord en Haïti, au célèbre collège Saint-Louis de Gonzague. À l’âge de quatorze ans il partit pour la Suisse, où il poursuivit sa formation à l’Institut Grünau, à Berne, puis à l’École polytechnique fédérale de Zurich3. Il y apprit l’allemand, lut avec passion Schopenhauer, Nietzsche et Darwin et étudia également la paléontologie.

Il se rendit ensuite à Madrid afin d’y étudier l’agronomie, tout en voyageant également en Allemagne, en France et en Angleterre. En Espagne, son attention se porta sur la tauromachie, qui le fascina au point qu’il prit des cours et écrivit un poème en prose consacré au sujet, intitulé « Corrida ». Il n’acheva finalement pas ses études, ce furent ses frères qui étudièrent l’agronomie et prirent en charge les terres familiales.

En 1927, alors que se poursuivait l’occupation d’Haïti par les États-Unis, Roumain décida de rentrer dans son pays. Âgé de vingt ans, il s’associa à Philippe Thoby-Marcelin, poète, écrivain et journaliste, Carl Brouard, poète, et Antonio Vieux, écrivain – de jeunes intellectuels haïtiens critiques à l’égard de l’agression étasunienne – afin de fonder la revue La Revue Indigène : les Arts et la Vie4. Celle-ci encourageait l’exploration de nouvelles formes d’écriture permettant de rendre compte de la complexité de la société haïtienne. La publication constitua un jalon fondateur du mouvement de la négritude, et un courant d’avant-garde caribéen qui, par la littérature et la politique, cherchait à amener les Haïtien·nes à tirer fierté de leurs racines culturelles, de leur tradition orale et de la religion vaudoue.

En 1928, Roumain fut nommé gérant d’un journal intitulé Petit Impartial. À l’occasion de sa nomination, le directeur loua la « flamme patriotique » du jeune homme tout en l’invitant au calme et à la pondération. Le débutant ne possédait ni l’un ni l’autre. Cofondateur de la Ligue de la jeunesse patriotique, il fut arrêté pour la première fois en décembre de cette même année, avec Georges Petit et Élie Guérin, pour une infraction liée à la « presse ». Tous trois furent condamnés à un an de détention et à une amende de cinq mille gourdes haïtiennes. La peine fut ensuite réduite, mais ils demeurèrent incarcérés au motif que d’autres accusations pesaient contre eux. Ils ne retrouvèrent la liberté qu’en août 1929.

Cette même année, Roumain commença à publier la chronique « Mon Carnet », d’abord dans La Presse, puis dans Le Nouvelliste. Son activité fut cependant rapidement interrompue : en octobre, Roumain fut de nouveau arrêté, cette fois avec deux de ses compagnons, Victor Cauvin et Antoine Pierre-Paul, pour avoir enfreint la loi interdisant les associations de vingt personnes ou plus. En décembre 1929, une amnistie libéra l’ensemble des prisonniers politiques. Une fois libre, Jacques Roumain épousa l’Haïtienne Nicole Hibbert, fille du romancier Fernand Hibbert (1873-1928).

En 1930, après la chute du président Louis Borno, Roumain fut nommé chef de division au ministère de l’Intérieur par le président provisoire Eugène Roy. Il démissionna toutefois de ses fonctions quelques mois plus tard afin de faire campagne pour Sténio Vincent, alors candidat à la présidence, qui fut élu la même année. En 1931, Roumain retrouva son poste, cette fois sur nomination de Sténio Vincent, qui gouverna de 1930 à 1941.

En 1932, un procureur le convoqua parce qu’il était soupçonné de « subversion ». Cette accusation conduisit à son emprisonnement l’année suivante au Pénitencier national, aux côtés du socialiste Max Hudicourt, tous deux étant accusés de conspiration. Dans une lettre au poète Léon Laleau, Roumain déclara : « Je suis communiste » et « aucun pouvoir au monde ne peut m’enlever ce droit »5.

En juin 1934, il publia Analyse schématique (1932-1934), où il exposait certains aspects de sa conception du marxisme. Aux côtés de plusieurs camarades, il fonda également le Parti communiste haïtien (PCH), dont il fut élu secrétaire général. À ses débuts, le Comité central du parti lança le mot d’ordre : « La couleur n’est rien, la classe est tout. » Dès le mois d’août de cette même année, Roumain fut de nouveau arrêté et, en octobre, condamné à trois années de prison, accusé de conspiration avec des étrangers, de réception de tracts et de préparation d’attentats. Son incarcération suscita un mouvement international réclamant sa libération.

Jacques Roumain fut libéré en juin 1935, mais demeura sous étroite surveillance policière. Il avait en outre contracté le paludisme en prison, ce qui avait durablement affaibli sa santé. En novembre de la même année, le PCH fut interdit.

En août 1936, avec l’accord du Comité central, il partit en exil avec sa femme et son fils et s’installa d’abord à Bruxelles, en Belgique. Dans ces circonstances, continuer à vivre dans son pays sous la surveillance permanente des organes de l’État revenait, selon ses propres termes, à « être réduit à l’impuissance »6.

En avril 1937, sa fille Carine naquit dans la capitale belge. La même année, la famille partit pour Paris. Roumain y collabora aux revues Regards, Communes et Les Volontaires. Il s’inscrivit à l’Institut d’ethnologie et devint l’assistant de Paul Rivet au Musée de l’Homme. Il expliqua lui-même son choix de se consacrer à l’ethnologie par la « nécessité d’une préparation plus large » lui permettant de « mieux comprendre la société haïtienne ».

En 1938, Jacques Roumain et Pierre Saint-Dizier, gérant de la revue Regards, furent accusés d’avoir offensé le chef de l’État de la République dominicaine. L’accusation faisait suite à un article de Roumain, « La tragédie haïtienne », dans lequel celui-ci accusait le dictateur dominicain Rafael Leonidas Trujillo de génocide et de complicité dans le massacre. En 1937, Trujillo avait ordonné l’éradication de la population d’origine haïtienne vivant sur le territoire dominicain, principalement dans les régions agricoles de la frontière entre la République dominicaine et Haïti. À la suite de cet article, Roumain et Pierre Saint-Dizier furent jugés et condamnés à quinze jours de prison ainsi qu’à une amende de 300 francs7.

En 1939, alors que le président Sténio Vincent lui interdisait de rentrer dans son pays, Roumain décida d’envoyer sa famille en Haïti puis embarqua sur un cargo à destination de la Martinique, d’où il devait gagner les États-Unis. En août, il arriva à Miami et partit immédiatement pour New York, où il fut accueilli par le professeur L. Bradley et son épouse Francine, à qui il dédia son poème « Bois d’ébène ». Il trouva à se loger à Harlem, quartier afro-étasunien, et subsista en donnant des cours de français. Son épouse décida quant à elle de rentrer en Haïti avec leurs enfants.

En 1941, il participa à un symposium consacré à « The frustrated Harlem Renaissance » [La Renaissance frustrée de Harlem]. La même année, il quitta les États-Unis pour Cuba, où il retrouva son ami Nicolás Guillén, poète communiste cubain. Toujours en 1941, certaines évolutions, notamment l’élection d’Élie Lescot à la présidence d’Haïti, permirent au poète de rentrer dans son pays après six années d’exil.

De retour à Port-au-Prince, Roumain se consacra à ses travaux scientifiques. Il participa notamment à une conférence à l’Institut haïtiano-américain sur « Le culte de l’assôtô ». L’« assôtô » ou « assotor » est le plus grand tambour utilisé dans le culte vaudou, autour duquel se déroule la danse rituelle. Roumain fut ensuite nommé directeur du Bureau d’ethnologie de la République d’Haïti, où il enseigna l’archéologie précolombienne et l’anthropologie préhistorique.

En 1942, il participa à la lutte contre la « campagne antisuperstitieuse ». Cette campagne s’inscrivait dans la stratégie du clergé catholique, qui attribuait à la « superstition » du peuple haïtien sa supposée situation de subalternité et d’infériorité. Roumain œuvra activement à démonter cette fausse polémique, soutenant que les problèmes du pays ne s’expliquaient pas par la religion, mais par des facteurs économiques et historiques. En septembre de la même année, il fut nommé chargé d’affaires du gouvernement haïtien à Mexico – une fonction diplomatique qu’il accepta, bien qu’à regret, car elle l’éloignait une nouvelle fois de son pays.

Jacques Roumain rentra en Haïti en 1943. En août 1944, quelques jours après son retour d’un voyage à Cuba, il mourut à Port-au-Prince, à seulement trente-sept ans. Certains soupçonnèrent un empoisonnement, bien que sa santé fût déjà très affaiblie, notamment en raison de ses différents séjours en prison8.

2 – Contributions au marxisme

Le jeune Jacques Roumain commence son militantisme politique dans le contexte de l’occupation d’Haïti par les États-Unis. L’invasion étasunienne de 1915 intervient après une succession de révoltes et de changements de gouvernement : la révolte de 1908, qui porte le général Antoine Simon (1908-1911) à la présidence ; un soulèvement populaire qui conduit au bref gouvernement de Cincinnatus Leconte (1911-1912), lequel, assassiné durant son mandat, est remplacé par Tancrède Auguste, grand-père de Jacques Roumain, qui n’exerce ses fonctions que neuf mois avant de mourir. En 1913, les manifestations se radicalisent contre le despotisme du président Michel Oreste (1913-1914). Les tensions politiques s’intensifient encore lorsque les insurgés s’allient à la petite bourgeoisie, conduisant les classes dominantes à prendre conscience de leur incapacité à vaincre le mouvement.

Dans le contexte de crise politique et économique ainsi installé se produit alors l’intervention impérialiste directe, et Haïti perd sa souveraineté jusqu’en 1934. À l’origine de cette situation se trouve l’endettement extérieur imposé par la France après la Révolution haïtienne de 1804, qui conduit ensuite Haïti à s’endetter auprès des États-Unis. Cette situation constitue un obstacle majeur au développement économique du pays caribéen et sert par la suite à justifier son invasion et la fin consécutive de son indépendance politique formelle.

L’occupation s’accompagne également de l’éviction du pouvoir de l’élite locale, constituée de métis. Dans les discours, les intérêts économiques sont dissimulés derrière l’invocation de missions civilisatrices empreintes de racisme. Le secrétaire d’État étasunien Robert Lansing (1915-1920) affirme ainsi que « la race noire est incapable de se gouverner elle-même », en raison d’une prétendue « tendance inhérente à la vie sauvage et d’une incapacité physique à la civilisation ».

Face à cette situation d’oppression, la guérilla des Cacos se constitue entre 1918 et 1920. Ce groupe armé paysan, originaire des régions montagneuses du nord du pays, se soulève contre les conditions imposées par la domination impérialiste et contre les rapports entretenus par la bourgeoisie haïtienne avec la spéculation financière.

Ces événements politiques, conjugués aux manifestations explicites de racisme destinées à légitimer le statu quo, poussent Jacques Roumain à intervenir dans le débat public autour de la « race », à un moment où celui-ci est centré sur l’idée d’une supériorité européenne sur les populations noires. Roumain participe ainsi à un mouvement au sein duquel des militant·es politiques et des écrivain·es haïtien·nes cherchent à rompre avec des formes de pensée colonisées, appelant la classe dominante à assumer la culture populaire haïtienne, profondément marquée par les traditions africaines. De manière générale, les membres de ce mouvement contribuent à élaborer une anthropologie « contre-coloniale » : ils contestent la domination de la culture française et invitent la nation haïtienne à s’ouvrir aux influences culturelles venues d’autres parties du monde, sans pour autant renoncer à sa singularité. Pour cela, affirment-ils, il faut connaître et aimer le pays, plutôt que suivre idéologiquement ses « élites » ; il faut également reconnaître que les arts plastiques, le roman, la poésie, le théâtre et la musique possèdent un double héritage culturel, européen et africain.

La production de Jacques Roumain et sa contribution au matérialisme historique prennent appui sur des recherches anthropologiques et intègrent des questions telles que l’ethnicité et la religion. Il contribue ainsi au développement d’un nouveau champ de recherche, en dialogue avec les travaux de Jean Price-Mars (1876-1969), Léopold Sédar Senghor (1906-2001) et Aimé Césaire (1913-2008).

Sans doute en raison de partis pris idéologiques, certains critiques et analystes de l’œuvre de Roumain ignorent ou sous-estiment son marxisme, isolant son roman Gouverneurs de la rosée (1944) du livre théorique Analyse schématique (1934), qui traite notamment du nationalisme, du préjugé racial et de la démocratie.

Comme nous l’avons vu, le nationalisme haïtien se développe en réaction à l’occupation étasunienne. Il est donc le produit de la lutte quotidienne engagée à partir de cette période et, surtout, du massacre de paysans haïtiens protestant contre l’expropriation de leurs terres au profit de grandes entreprises étasuniennes, connu sous le nom de massacre des Cayes (1929). Roumain considère le nationalisme haïtien comme un produit de la souffrance des masses, de leur misère « accrue par l’impérialisme ». Il admet cependant que, si une partie de la bourgeoisie s’est associée aux occupants, une autre s’est rangée dans l’opposition – quoique timidement et presque exclusivement en paroles. Les journaux liés à cette fraction de la bourgeoisie d’opposition multiplient les clichés patriotiques et feignent de soutenir les masses anti-impérialistes, tout en méprisant la population noire, dont ils vont jusqu’à avoir honte. La bourgeoisie parvient néanmoins à ses fins et les masses se mettent à la suivre.

Selon Roumain, le nationalisme haïtien émerge lorsque la bourgeoisie nationale revendique pour elle-même le rôle d’« avant-garde du prolétariat », instrumentalisant le discours anti-impérialiste des masses à ses propres fins politiques. Ce mouvement nationaliste serait parvenu à diffuser des idéaux autonomistes parmi les masses entre 1915 et 1930. Après la démission du président Louis Borno (1922-1930), collaborateur de l’occupation étasunienne, Eugène Roy assure la présidence par intérim de mai à novembre 1930 afin de permettre l’organisation d’élections présidentielles.

Roumain voit dans la victoire de Sténio Joseph Vincent (1930-1941) l’arrivée au pouvoir d’un représentant du mouvement nationaliste qui s’était formé au cours des années précédentes. Paradoxalement, cette accession au pouvoir inaugure cependant un processus d’affaiblissement des revendications souverainistes du mouvement. Roumain l’explique par le fait que celui-ci est composé de fractions de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, dont les promesses autonomistes entrent en contradiction avec leurs intérêts de classe.

Concernant le préjugé racial, Roumain ne nie pas l’importance du racisme : le préjugé fondé sur la couleur de peau, affirme-t-il, « est une réalité ». Il le considère comme un problème moral ; le racisme serait une expression sentimentale de l’opposition entre les classes, de la lutte des classes. Autrement dit, il constituerait une réaction psychologique à un fait historique et économique, une manifestation de l’exploitation effrénée des masses par la bourgeoisie. Pour Roumain, la dégradation sociale, économique et politique des populations noires est évidente et ne peut s’expliquer par une simple question de couleur. Le mot d’ordre du Parti communiste haïtien – « La couleur n’est rien, la classe est tout » – synthétise la manière dont Roumain appréhende cette question. Un texte signé par le PCH, à la rédaction duquel Roumain a participé, affirme ainsi que le préjugé racial est une « réalité qu’il est inutile de tenter d’ignorer » ; que le racisme est « l’expression sentimentale de l’opposition des classes, de la lutte des classes », c’est-à-dire « la réaction psychologique à un fait historique et économique : l’exploitation effrénée des masses haïtiennes par la bourgeoisie ». Réduire la question noire à une question de couleur constituerait « un masque » destiné à dissimuler la lutte des classes.

Pour Roumain, il convient donc d’abord de comprendre les hiérarchies et les dynamiques de classe : d’un côté, le prolétariat noir et une petite bourgeoisie noire ; de l’autre, une bourgeoisie, minoritaire et principalement métisse, qui exploite « impitoyablement » les premiers. L’oppression est économique mais se manifeste également sur le plan politique. Il n’est toutefois pas possible de nier la question raciale ni les dommages psychologiques produits par le préjugé de couleur et par le mépris exprimé par les métis – considérés dans certaines situations comme presque blancs. Ce phénomène social pervers a pour fonction de soutenir l’oppression économique exercée par la bourgeoisie. Le rôle du Parti – composé majoritairement d’ouvriers noirs – consiste donc à caractériser correctement le problème comme relevant de la lutte des classes et, par là même, à dénoncer la prétendue solidarité de la bourgeoisie à l’égard des masses. Les travailleurs noirs, métis et blancs doivent en réponse constituer un front prolétarien sans distinction de couleur. La petite bourgeoisie doit, elle aussi, s’aligner sur le prolétariat, notamment parce que l’exploitation bourgeoise et impérialiste accélère son processus de prolétarisation.

Roumain aborde également la question de la démocratie. Répondant à une brochure intitulée Manifeste de la réaction démocratique (1934), rédigée par un groupe de jeunes Haïtiens, il en dénonce le caractère idéaliste et énumère les problèmes du manifeste, à commencer par sa mauvaise compréhension de la nature de l’État. Exiger des patrons l’adoption d’une journée légale de travail et d’une législation relative aux accidents du travail reviendrait à demander aux employeurs « le sacrifice d’une marge considérable de profit », autrement dit à leur demander d’agir contre leurs propres intérêts. Un tel raisonnement idéaliste ignore l’histoire des luttes ouvrières : les droits obtenus par les travailleurs sont le fruit de combats sanglants et non de dons tombés du ciel. L’État bourgeois n’intervient en faveur du prolétariat que lorsqu’il y est contraint. Roumain rappelle que la conception bourgeoise de l’État en fait une entité éthérée, sans rapport avec la réalité. Or cette conception avait déjà été réfutée par Marx, qui avait montré que l’État représente un rapport de « forces sociales et réelles » : dans une société de classes, l’État constitue donc l’organisation chargée d’assurer le contrôle et la coercition de la classe dominante. En somme, Roumain reproche au manifeste de ne pas aborder le cœur du problème – la lutte des classes – et de rester prisonnier d’une conception libérale de l’État et de la démocratie.

Roumain traite également du rôle de la religion. Dans une polémique avec le prêtre Foisset, menée en 1935 dans le journal La Nation, il place le vaudou sur le même plan que le christianisme : celui d’une croyance présente dans l’imaginaire du peuple haïtien, au même titre que n’importe quelle autre religion. Pour lutter contre la superstition, affirme-t-il, il ne faut pas mener une campagne antisuperstitieuse, mais mettre fin à la misère. Devant le retentissement de sa polémique avec le religieux, plusieurs compagnons de Roumain fondent le groupe antifasciste Les Amis de Jacques Roumain.

En intégrant le problème colonial à son analyse, Roumain développe une contribution au marxisme qui le rapproche d’autres penseurs critiques, comme José Carlos Mariátegui (1894-1930) et Cyril Lionel Robert James (1901-1989). Il s’agit d’une conception périphérique du marxisme qui prend pour point de départ la critique de la question coloniale développée par Marx lui-même, avant d’examiner la manière dont les analyses marxiennes du colonialisme ont évolué au fil du temps. En effet, Marx a d’abord considéré que les conquêtes du colonialisme occidental peuvent accélérer le développement de certaines régions. Sa position évolue ensuite vers une critique sévère de la domination britannique en Inde, notamment dans ses écrits de 1853. Cette réflexion se poursuit dans les Grundrisse (1857-1858), où Marx perçoit le caractère profondément néfaste du colonialisme pour le développement des colonies9.

L’une des caractéristiques du marxisme haïtien est d’avoir été forgé dans l’exil et d’en porter à la fois la souffrance et cette « déterritorialisation », source tout autant de motivation théorique que de colère. Selon Jean-Jacques Cadet (2019), en étudiant le matérialisme historique, les marxistes haïtiens ont cherché à s’en inspirer « sans tomber dans le piège eurocentrique ». Ils se distinguent en ce sens du marxisme européen en partant d’abord d’études approfondies de la formation sociale des sociétés locales, avant d’identifier les outils analytiques du marxisme susceptibles de permettre une meilleure compréhension des réalités locales.

Jacques Roumain ouvre ainsi une voie féconde permettant d’articuler les questions de l’ethnicité et de la religion dans une perspective marxiste. Tout en reconnaissant l’importance du préjugé racial, il soutient que dissocier cette question de la lutte des classes ne sert que les intérêts des classes dominantes et de l’impérialisme.

3 – Commentaire sur l’œuvre

Jacques Roumain est l’auteur d’une œuvre abondante, constituée principalement de romans cherchant à rendre compte de la réalité de la société haïtienne, mais également d’un petit nombre de textes théoriques denses dans lesquels apparaît clairement son affiliation politique et idéologique communiste. Examinons quelques-unes de ces œuvres afin de donner un aperçu général des questions qu’il a abordées – et qui demeurent d’actualité.

Le livre Analyse schématique (1932-1934) et autres textes scientifiques (Port-au-Prince : Les Éditions Fardin, 1934)10 fut publié dans une collection intitulée « Théoriciens et Penseurs Haïtiens ». Il s’agit du texte le plus important pour comprendre l’élaboration marxiste de Roumain, alors que l’essentiel de ses écrits relève de la littérature romanesque Ceux-ci cherchent également à dévoiler la société haïtienne, mais n’abordent pas avec autant de précision les problèmes discutés dans cet ouvrage. Les réflexions théoriques et méthodologiques qui y sont développées conduisent à penser les questions urgentes auxquelles Haïti est alors confronté, mais également certains problèmes toujours actuels. Elles dépassent ainsi la problématique locale pour atteindre des enjeux importants pour le socialisme en général. L’ouvrage est divisé en cinq chapitres.

Dans le premier chapitre, intitulé « L’écroulement du mythe nationaliste », Roumain soutient que le nationalisme haïtien serait né de l’occupation étasunienne, en lien étroit avec les violences exercées contre les manifestations dénonçant l’expropriation des terres des populations locales au bénéfice de grandes entreprises. Né de la souffrance des masses, ce nationalisme aurait ainsi possédé, même inconsciemment, un caractère anti-impérialiste.

Dans le deuxième chapitre, « Préjugé de couleur et lutte de classes », le marxiste haïtien définit comme étant « d’une importance exceptionnelle le problème du préjugé de couleur ». Celui-ci serait l’expression sentimentale de la lutte des classes, la réaction psychologique à un fait historique et économique : l’exploitation effrénée des masses haïtiennes par la bourgeoisie.

Le troisième chapitre, « Le “Manifeste de la réaction démocratique” », traite du problème de la démocratie et développe une critique vigoureuse du Manifeste de 1934. Roumain souligne la confusion théorique et politique du collectif qui l’a rédigé, composé de jeunes gens et de compagnons politiques. Ces derniers ne prennent pas en considération le fait que, dans une société de classes, il n’existe qu’une seule classe dont les intérêts coïncident avec l’intérêt général : le prolétariat. Cette caractéristique découle de sa condition de classe exploitée, ce qui en fait également la seule classe en mesure d’adopter un programme progressiste, explique Roumain. Il ajoute que la classe à laquelle appartient un type social « est déterminée non d’après sa couleur, mais d’après sa position économique ». Il en conclut que seule la classe ouvrière peut mener à terme une transformation radicale. Toujours dans sa critique du Manifeste, Roumain relève l’absence d’une réflexion approfondie sur l’impérialisme. Une approche sérieuse de la question nécessiterait, selon lui, une enquête scientifique sur sa base économique : l’impérialisme répondrait avant tout à la nécessité, pour les grandes économies capitalistes, d’exercer leur influence sur des zones réservées. Dans ces conditions, une lutte anti-impérialiste ne peut être conséquente que si elle prend la forme d’« une attitude irréductiblement anticapitaliste ».

Dans le bref quatrième chapitre, « Introduction : nécessité de la théorie », Roumain examine la manière dont les « ouvriers pratiques » considèrent la question théorique comme dépourvue d’importance réelle, voire comme une « perte de temps ». Il est pourtant nécessaire de dialoguer avec l’ouvrier engagé dans la lutte quotidienne, puisque la théorie doit guider son action. Autrement dit, celui-ci doit être capable de répondre à la question : « Quel est l’objectif que l’on cherche à atteindre ? » Même dans l’organisation d’une grève, lorsqu’il est contraint de faire appel à des raisons générales, « ces faits généraux sont précisément liés à ce que nous appelons la théorie » et « la théorie de toute activité socialiste consciente est le marxisme ».

Enfin, dans le cinquième chapitre, « Complot contre la sûreté de l’État », Roumain polémique autour d’une accusation portée contre lui, selon laquelle il aurait attenté à la sûreté de l’État. Il réfute cette accusation et ironise sur la méconnaissance qu’aurait son accusateur de l’impérialisme, de la Russie et de la question noire.

Près d’une décennie plus tard, Roumain publie Le sacrifice du tambour assôtô(r) (Port-au-Prince : Bureau d’Ethnologie de la République d’Haïti, 1943). Le texte analyse un rituel vaudou : c’est autour de l’« assôtô » ou « assotor » que se déroulent le rituel, la danse et les chants religieux. Comme l’observe Roumain, le vaudou est étroitement lié à la danse et à la musique. Avant la cérémonie, les instruments, la personne chargée du sacrifice, les sacrifiants et le lieu du sacrifice sont sacralisés au moyen de rites appropriés. Une fois le lieu consacré, le tambour baptisé et le sacrificateur purifié, le sacrifice doit être précédé de la cérémonie de Legbá, divinité dahoméenne11 qui « doit être rassasiée ». Roumain restitue ainsi l’importance du rituel religieux depuis le choix du bois destiné à fabriquer le tambour jusqu’aux chants invoquant les divinités.

Dans le petit ouvrage Le Musée du Bureau d’Ethnologie (Port-au-Prince : Bureau d’Ethnologie, 1943), Roumain aborde le musée et son rôle éducatif, qui doit atteindre toutes les couches de la population. Sa mission est d’éduquer et de stimuler l’étude. À cette fin, il présente la préhistoire des Grandes Antilles et les sites des Ciboneys, ancien peuple qui habitait certaines îles des Caraïbes pendant la période précolombienne. Ces textes ont récemment été intégrés à une nouvelle édition d’Analyse schématique et autres textes scientifiques (Port-au-Prince : Les Éditions Fardin, 2016).

Dans son œuvre de fiction, Roumain traite notamment des questions foncières et religieuses. C’est le cas de La montagne ensorcelée (Port-au-Prince : Imprimerie E. Chassaing, 1931), roman préfacé par Jean Price-Mars, dans lequel l’auteur met en scène une série d’événements dramatiques ainsi que les croyances irrationnelles qui conduisent à l’assassinat de la jeune Grace et de sa mère, victimes de la misère mais également de la superstition. Les deux femmes sont sacrifiées par une communauté rendue folle par son isolement, son extrême pauvreté et son obscurantisme – autant de thèmes récurrents dans l’œuvre littéraire de Roumain.

Dans le récit Les fantoches (Port-au-Prince : Imprimerie de l’État, 1931), Roumain donne à voir le regard pessimiste et méprisant qu’il porte sur la bourgeoisie, sa classe sociale d’origine. Il relie dans l’intrigue l’occupation étasunienne à la formation d’une génération de vaincus, de fantoches, d’êtres écrasés et impuissants.

En 1942 paraît l’essai Les superstitions (Port-au-Prince : Imprimerie de l’État). Ce bref ouvrage s’inscrit dans la continuité de La Revue Indigène, fondée par Roumain, ainsi que des travaux de Jean Price-Mars, pionnier de la remise en question de la supposée « superstition » haïtienne. Roumain affirme que les Haïtiens ne sont ni plus ni moins superstitieux qu’un autre peuple : les pratiques dites superstitieuses ont un caractère universel. Le vaudou, quant à lui, suit une dynamique de syncrétisme, mêlant ses symboles à ceux du catholicisme. Roumain considère que les croyances religieuses ne sont ni rigides ni imperméables à l’introduction de nouvelles formes. La religion offre en outre une issue magique aux problèmes terrestres, qui frappent tout particulièrement les classes travailleuses. Il accuse néanmoins la « négligence et la brutalité de l’évangélisation coloniale » : c’est le clergé qui a transmis aux masses et entretenu chez elles une vision surnaturelle du monde, favorisant la fusion des croyances d’origine africaine avec les croyances catholiques. Ce dont Haïti a besoin, affirme Roumain, « ce n’est pas d’une campagne antisuperstitieuse », mais d’une « campagne contre la misère ».

Le roman Gouverneurs de la rosée (Port-au-Prince : Imprimerie de l’État, 1944) est publié après la mort de son auteur. Traduit en portugais et édité au Brésil en 1954 sous le titre Donos do orvalho (Rio de Janeiro : Editorial Vitória), dans la collection « Romances do Povo » dirigée par Jorge Amado, il est réédité en 2020 sous le titre Senhores do orvalho (São Paulo : Carambaia). Il s’agit de l’œuvre la plus connue de Jacques Roumain. Le personnage principal, Manuel, revient dans le petit village haïtien de Fonds-Rouge après avoir vécu quinze ans à Cuba. Dans son pays natal, il découvre une réalité bien différente de celle qu’il gardait en mémoire : le paysage autrefois verdoyant a été ravagé par la sécheresse. Le titre du livre renvoie à la langue créole et à la figure du « Maître de l’Eau », incarnée par Manuel, personnage central doté du pouvoir de découvrir l’endroit où se trouve l’eau. La découverte de cette eau peut sauver le village de la sécheresse et de la pauvreté tout en réconciliant ses habitants, enfermés dans des rivalités entre clans.

Parmi les autres publications de Roumain, on peut encore mentionner l’essai Contribution à l’étude de l’ethnobotanique précolombienne des Grandes Antilles (Port-au-Prince : Imprimerie de l’État, 1942), le récit La proie et l’ombre (Port-au-Prince : Éditions La Presse, 1930) et le recueil de poésie Bois-d’ébène (Port-au-Prince : Imprimerie Henri Deschamps, 1945).

Plusieurs poèmes de Roumain sont disponibles en ligne12. Parmi eux figure « Nouveau sermon nègre » (1939), dans lequel il appelle les « damnés de la terre » à se lever, en citant un vers de « L’Internationale », chant révolutionnaire de 1871.

En 2003, Léon-François Hoffmann a réuni l’ensemble des œuvres du marxiste haïtien dans le volume Œuvres complètes (Madrid : ALLCA XX).

4 – Bibliographie

ALEXIS, Jacques Stéphen. “Prolégomènes à un manifeste du réalisme merveilleux des Haïtiens”. Dérives, Montréal, n. 12, 1970.

ALTMAN, Max. “Hoje na História: 1937 – ‘Massacre da Salsinha’, ditador dominicano ordena erradicação de haitianos”. Ópera Mundi, out. 2013. Disp.: https://operamundi.uol.com.br.

ANDRADE, Everaldo O. “A primeira ocupação militar dos EUA no Haiti e as origens do totalitarismo haitiano”. Revista Eletrônica da ANPHLAC, n. 20, p. 173-196, jan/jun., 2016. Disp.: https://anphlac.emnuvens.com.br.

CADET, Jean-Jacques. Le concept d’aliénation dans le marxisme: le cas d’Haïti (1946-1986). Tese [Doutorado], Université Paris 8–Vincennes/Saint-Denis, 2019.

DORESTAL, Yves e ANDRADE, Luis Martinez. “Le marxisme haïtien, clé du socialisme latino-américain: un entretien avec Yves Dorestal”. Contretemps, jul. 2021. Disp.: https://www.contretemps.eu.

DORESTAL, Yves. Jacques Roumain (1907-1944): un communiste haïtien – le marxisme de Roumain ou le commencement du marxisme en Haïti. Pétion-ville (Haiti): C3 Éditions, 2015.

HOFFMANN, Léon-François. Littérature d’Haiti. França: Edicef/Aupelp, 1995.

_______. “Jacques Roumain”. Memoire d’Encrier, 2011. Disp.: https://memoiredencrier.com.

MARQUES, Pâmela M.; KOSBY, Marília F. “Anténor Firmin, Jean Price-Mars, Jacques Roumain: antropólogos haitianos repovoando as narrativas históricas da Antropologia”. Revista Brasileira de Ciências Sociais, v. 35, n. 103, 2020.

PALISSE, Marianne. “Jacques Roumain, Léon-Gontran Damas, et les filiations de l’anthropologie haïtienne des années 1930-1940: vers la constitution d’espaces intellectuels transcoloniaux?”. Open Journal, n. 16, 2021. Disp.: https://journals.openedition.org.

PRICE-MARS, Jean. Ainsi parla l´oncle. Porto Príncipe: Imprimerie de Compiègne, 1954.

ROMERO, Vicente. “Los prolegómenos del comunismo indo-afroamericano en Haití y Jacques Roumain (1927-1933)”. Open Journal, n. 37, 2019. Disp.: https://journals.openedition.org.

SAINT VICTOR, Alain. “Haïti-Littérature: il y a 75 ans décédait Jacques Roumain”. Alter Presse, 18/08/2019.

SOUFFRANT, Claude. “Marxismo y tercer mundo en Jacques Roumain, Jacques Alexis y Y. L. S. Senghor”. Ciencia y Sociedad, v. IV, n. 1., jan.-jul. 1979.

Notes

* Joana Aparecida Coutinho est professeure à l’Université fédérale du Maranhão ; sociologue et docteure en Sciences sociales (PUC-SP). Elle coordonne le Núcleo Práxis (USP) ainsi que le Groupe d’études sur l’hégémonie et les luttes en Amérique latine (UFMA) et est coéditrice du Dictionnaire Marxisme en Amérique. Elle est notamment l’autrice de Problemas teóricos do Estado integral na América Latina (Lutas Anticapital, 2023) et de « A guerra ideológica » (Crítica e Sociedade, 2022).

* Avec la collaboration et l’édition de Yuri Martins-Fontes et Pedro Rocha Curado et une illustration de Marcelo Guimarães Lima, cet article a été originellement publié sur le portail du Núcleo Práxis-USP, en tant que notice du Dictionnaire Marxisme en Amérique. Sa reproduction sans fins commerciales et sans altération est autorisée, à condition que la source soit citée. Les suggestions sont les bienvenues : editoria@nucleopraxisusp.org.

  1. Voir « Biographie : Jacques Roumain », dans Les classiques des sciences sociales – Université du Québec à Montréal. Disponible sur : classiques.uqam.ca. ↩︎
  2. Pour une présentation générale de l’occupation d’Haïti par les États-Unis, voir Everaldo Oliveira Andrade, « A primeira ocupação militar dos EUA no Haiti e as origens do totalitarismo haitiano », ANPHLAC, n° 20, 2016 (disponible sur anphlac.emnuvens.com.br) ; et Léon-François Hoffmann (1995). ↩︎
  3. MARQUES et KOSBY, 2020. ↩︎
  4. Le texte de Vicente Romero, « Los prolegómenos del comunismo indo-afroamericano en Haití y Jacques Roumain: 1927-1933 » (disponible sur journals.openedition.org), décrit cette revue comme un important instrument de connaissance de la culture haïtienne. ↩︎
  5. HOFFMANN (1995). ↩︎
  6. Selon ses propres mots : « Après ma libération, j’ai été placé sous la plus rigoureuse surveillance policière. […] jusqu’à ce que je me voie contraint de prendre, avec l’assentiment du C.C. [Comité central], la décision de m’exiler temporairement d’Haïti » (Roumain, « Lettre au Committee », 16/08/1936, apud Hoffmann, 201, p. 7). ↩︎
  7. Voir Hoffmann (2011). ↩︎
  8. Selon Hoffmann (2011), la cause de la mort n’est pas établie avec certitude : certains ont avancé l’hypothèse d’un empoisonnement, d’autres celle du paludisme, d’un ulcère ou encore d’une anémie. ↩︎
  9. CADET (2019). ↩︎
  10. Disponible sur : classiques.uqac.ca. ↩︎
  11. Relatif à l’ancien royaume du Dahomey, en Afrique occidentale. ↩︎
  12. Notamment sur les portails Le Bar à poèmes (barapoemes.net) et La Zebra (lazebra.net). ↩︎